Principe de prise en charge dans les troubles du neurodéveloppement

Principe de prise en charge dans les troubles du neurodéveloppement - Dr Isabelle AmadoSource et téléchargement du compte-rendu complet de la journée du 23 janvier 2016 « Regards croisés sur la recherche en psychiatrie. Journée de rencontre avec les associations de patients : http://sciensas.inserm.fr/


« Principe de prise en charge dans les troubles du neurodéveloppement »  – Intervention du Dr Isabelle Amado

D’après  les  données  de  Kahn  et  Keefe  (2013),  la  prise  en  charge  tient compte des particularités cliniques des patients à savoir la charge neurodéveloppementale importante depuis l’enfance :

  • les anomalies morphologiques mineures et les troubles somatiques ;
  • la coexistence  d’une  atteinte  des  fonctions  instrumentales (calcul,  langage,  praxies) ;
  • les troubles moteurs qui s’ajoutent aux troubles exécutifs, mnésiques et attentionnels fréquents et à des difficultés de cognition sociale.

Cet ensemble conduit à des difficultés d’insertion ou d’intégration sociale  à  l’adolescence  ou des  jeunes  en  milieu  universitaire.  Il faut  aussi prendre en considération la possibilité d’une errance diagnostique, l’intolérance et/ou une mauvaise réponse aux traitements. Une réflexion dans un continuum enfant-adulte est indispensable.  Concernant l’évaluation  de  la  prise  en  charge,  celle-ci  doit  être multidisciplinaire à la fois médicale : traitement, contexte, opportunité d’une réhabilitation sociale, parcours… et neuropsychologique : agir sur attention, mémoire, fonctions exécutives, fonctions instrumentales, cognition sociale. On s’appuiera donc sur des réseaux en ville grâce en particulier à l’infirmière qui effectue la thérapie de remédiation, suit le patient au quotidien et travaille en synergie avec les réseaux d’insertion en ville (relais universitaires, ESAT…) . L’importance de l’évaluation fonctionnelle (stabilisation des troubles attentionnels) est essentielle pour construire le partenariat et développer les souhaits d’un projet qui tiendra compte des aspirations du patient.

Comment s’effectuent les prises en charge ? La remédiation cognitive qui évalue la cognition sociale  s’effectue  à  l’aide  d’une  batterie  de  tests  (ClaCos)  (Groupe  de  Recherche  en Psychiatrie GDR 3557). Des programmes personnalisés de remédiation cognitive tiennent compte de chaque dimension du niveau de développement psychomoteur et des aspirations et souhaits de chaque personne. Ils renforcent les ressources personnelles par :

  • un parcours combiné neurocognitif – cognition sociale ;
  • une reprise de parcours si nécessaire ortho ou psychomoteur en ville (réseau++) ;
  • un parcours intégratif (TCC gestion du stress, EHS) intégrant des structures médico-sociales (SAMSAH, SAVS) ;
  • des systèmes passerelles telles que les activités physiques, médiateur des difficultés d’interactions sociales – l’abord du corps qui peut conduire parfois à un début de verbalisation, à une élaboration autour des difficultés d’interaction sociale et d’une éventuelle dysmorphie.

Les méthodes de neurocognition améliorent quant à elles, les fonctions déficitaires, telles que mémoire ou planification adaptation sociale, estime de soi… La remédiation cognitive doit s’envisager au sein d’un parcours intégratif vers la réhabilitation sociale y compris dans le monde du travail.

Exemples de différents programmes et jeux

  • RECOS  (Vianin  2011)  pour  les  jeunes  patients  avec  une  réinsertion  possible.  Il  est  basé  sur l’information papier/crayon –individuel, ludique;
  • CRT (Wykes 2002) pour les patients nécessitant une réinsertion progressive fondée sur l’information papier/crayon pour Attention/mémoire-planification ;
  • NEAR (Medalia, 2002) en groupe et informatisé pour Troubles de la communication-Motivation- Entraide.
  • GAIA, pour la cognition sociale en individuel, pour aide à la Reconnaissance des émotions faciales ;
  • SCIT, en groupe, pour aide Aux émotions, aux perceptions, aux biais du raisonnement ;
  • RC2S, en groupe, est utilisé pour Les interactions sociales complexes ; l’explicitation ; les jeux de rôle ; la réalité virtuelle.
  • Cognitus et Moi (projet) développé pour les enfants 6-11 ans, dont le design définitif a été soumis début 2015, vise les troubles attentionnels et visuo-spatiaux, l’acquisition de la lecture n’est pas un pré-requis. Un bilan neuropsychologique est nécessaire au préalable. Il comporte 16 séances en individuel sur deux fois 8 semaines. L’enfant est accompagné tout le long de son parcours par Cognitus, petit personnage qui a une valence de renforcement positif et qui comporte une tâche implicite de cognition sociale. Le transfert de compétences est un élément fondamental : chaque séance est reprise avec les parents avec des tâches à domicile (l’enfant se verra remettre un « cahier pour la maison » avec des gommettes, des coloriages, dans une perspective d’entraînement visuo- spatial. Programme soutenu par l’ARS.
  • Mathurin est un jeu de réalité virtuelle dans un espace en ville. L’un des objectifs de l’axe « présence et design d’environnements virtuels » est d’approfondir la compréhension de cette présence, qui est cruciale dans le traitement des troubles mentaux. Jeu soutenu par l’ARS.

En conclusion de la session :

Pour les troubles du neurodéveloppement, les collaborations entre neurologues, pédiatres ou pédopsychiatres…. sont indispensables même à l’intérieur de l’hôpital. Au quotidien, on constate : un manque de communication sur le positionnement théorique ;  une  segmentation  du  langage  entre  psychiatrie  et  neuropsychiatrie  et  une segmentation entre enfant/adulte. La psychiatrie doit avoir une lecture « physiologique » en relation  avec  des  anomalies  du  développement.  Il  faudrait  développer  des  cliniques spécialisées en neurodéveloppement.


A propos de cette Journée

Cette journée a été organisée le 23 juin 2016 par l’Institut de Psychiatrie, en partenariat avec la Fondation Pierre Deniker et le réseau ScienSAs’- Inserm et placée sous le haut patronage du Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et des droits de la femme.

L’objectif  central  de  cette  journée  intitulée  « Regards  croisés »  est  d’échanger  sur  la psychiatrie, la santé mentale, les maladies mentales, les avancées, les demandes, les besoins, les interactions… Chercheurs, cliniciens, soignants font le point sur les avancées de la recherche et partagent leurs compétences et leurs expériences avec celles des patients et des familles.

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