Isabelle Amado - jeu Mathurin

Mathurin – article APNnews

Le jeu Mathurin et autres outils de remédiation cognitive au C3RP

Source : APMnews

PARIS, 29 novembre 2018 (APMnews) – Mathurin, un jeu de remédiation neurocognitive basé sur la réalité virtuelle, fait l’objet d’une évaluation clinique depuis juin, a expliqué à APMnews, lundi, Isabelle Amado, psychiatre, responsable du centre ressource en remédiation cognitive et réhabilitation psychosociale (C3RP) en Ile-de-France.

Huit sites (à Rennes, Créteil, Fontenay-sous-Bois dans le Val-de-Marne, Clermont dans l’Oise, Savigny-sur-Orge et à Sainte-Geneviève-des-Bois dans l’Essonne, et dans quatre autres établissements parisiens), recrutent, depuis juin, 70 patients chacun afin de réaliser une étude clinique.

Au C3RP, “la première séance du nouveau groupe devra commencer dès qu’on a le plein de patients, à mon avis dans 2 ou 3 semaines”, a assuré la psychiatre, jointe par APMnews en marge du congrès de l’Association des établissements participant au service de santé mentale (Adesm). Cette étude est réalisée “versus relaxation” pour éviter toute “perte de chance” pour les patients, a-t-elle complété.

Le jeu Mathurin “basé sur de la réalité virtuelle” invite les patients, par groupe de six personnes, à évoluer dans une ville spécialement réalisée pour ce projet, a détaillé Isabelle Amado.

Le programme, conçu en partenariat avec l’université Paris-Descartes, prévoit 15 séances de 1h ou 1h30, étalées sur une période de 3 mois.

Depuis 2016, trois groupes patients ont déjà participé à ces séances encadrées par des binômes, par exemple par “une infirmière et un psychologue“.

Le jeu s’adresse à des patients institutionnalisés (hôpital de jour ou centre thérapeutique à temps partiel) et qui ne sont pas de suite prêts à construire un projet de réhabilitation.

Il présente un double objectif : le premier consiste à “apprendre à planifier son quotidien et [à] améliorer la mémoire prospective“, et le second, à faciliter les interactions sociales.

Ce jeu “permet de meilleures interactions sociales chez des personnes qui ont de grosses difficultés”, par exemple les patients schizophrènes, a expliqué Isabelle Amado. “Le fait de partager des stratégies” en groupe, “ça permet de ne plus avoir peur de l’autre et d’accepter de se lancer”.

Lors des deux premières séances, “les patients découvrent la ville et vont arpenter ce quartier où il y a tous les services qui sont concentrés sur quelques rues et où ils vont dénombrer les difficultés qu’ils ont au quotidien“, a-t-elle détaillé.

Dans les séances suivantes, ils seront confrontés à “des scénarios complexes” qu’ils devront résoudre. La dernière séance a un “aspect récapitulatif, où ils vont donner leur avis”.

Sur un très petit nombre de sujets [neuf patients d’une première étude, NDLR], on a observé que ça améliorait déjà l’autonomie, les fonctions intentionnelles et de mémoire de travail et le bien-être physique.

Par exemple, un patient, “qui avait son dossier bloqué à Pôle emploi depuis des années, a trouvé la force de le débloquer. Un autre a commencé à ranger son appartement, à traiter son courrier et il a fait repartir toute une série de choses dans sa vie. Un troisième s’est inscrit à des formations d’informatique et un quatrième a écrit un article témoignage dans une revue de santé mentale“, a-t-elle illustré.

A terme, j’aimerais qu’il puisse y avoir une déclinaison rurale [de ce jeu], parce que la planification en milieu rural n’est pas la même qu’en milieu urbain“, a ajouté Isabelle Amado.

De nombreux autres outils utilisés au C3RP

Le jeu Mathurin n’est pas la première, ni la seule méthode de remédiation neurocognitive. Ainsi, lors de sa présentation vendredi 23 novembre, à l’occasion du congrès de l’Adesm, Isabelle Amado, a également présenté d’autres programmes utilisés par le C3RP.

Elle a ainsi évoqué le programme “cognitive remediation therapy” (CRT), pour développer mémoire et planification, et celui intitulé “neuropsychological educational approach to remediation” (Near), alliant exercices cognitifs et groupes de thérapies comportementales, tous deux enseignés par le diplôme universitaire de remédiation cognitive à Lyon I.

Enfin, nous sommes en train de concocter, avec les neuropsychologues du C’JJAD [Centre d’évaluation pour jeunes adultes et adolescents, NDLR], un entraînement digital sur tablette pour des sujets à ultra haut risque et des sujets du premier épisode dont on pense qu’il n’est pas bon qu’ils fréquentent trop les hôpitaux psychiatriques“, a-t-elle annoncé.

Concernant la remédiation de la cognition sociale, elle a présenté les programmes “integrated psychological treatment (IPT)”, permettant de travailler, entre autres, sur les habilités sociales, ou encore Gaïa, un programme de simulation pour remédier aux troubles de la reconnaissance des émotions faciales.

“Quand on monte une unité de remédiation cognitive, on ne peut pas travailler tout seul, il faut qu’on construise un réseau“, a-t-elle assuré. Comme “tout le monde ne peut pas avoir tous” ces programmes, elle invite les différentes structures à s’organiser.

En Ile-de-France, un travail a été mené avec l’agence régionale de santé (ARS) pour déterminer “les territoires où on avait peu d’offre de remédiation cognitive, de réhabilitation ou de psycho-éducation“.

A partir de là, j’ai essayé d’entrer en contact avec ces différents endroits et on a travaillé ensemble pour réfléchir sur comment mutualiser des moyens au niveau d’un hôpital, comment échanger autour des profils de populations avec des déclinaisons locales”, a expliqué Isabelle Amado, qui rappelle que les situations divergent en fonction, par exemple du “bassin de l’emploi” ou des “spécificités de chaque hôpital“.

On a créé de nombreuses plateformes intersectorielles en Ile-de-France” et d’autres sont “en projet”, a-t-elle assuré, prenant pour exemple la plateforme nord parisienne, qui a vu le jour il y a ” trois semaines” et qui est “une sorte de C3RP mais pour le nord de Paris”.

Source : APMnews